La femme samaritaine PDF Imprimer Envoyer

Lire le texte Jn 4 : 5-42

Nous connaissons tous le texte que nous venons de lire. Nous en connaissons souvent les analyses et conclusions.

Nous allons tenter ensemble d’identifier les différentes phases de ce texte et de les transposer pour nous au XXI° siècle, et voir ce que cela peut nous apporter dans notre relation à Jésus mais aussi dans notre démarche de témoignage.

Jésus et les disciples voyagent de Judée en Galilée et passent par la Samarie. Choix délibéré de Jésus de passer par ce territoire évités par les Juifs plutôt que de faire un détour.

ð  Premier message : on n’exclue personne dans notre relation avec les autres

ð  Quelque soit notre type de relation, puisque Jésus envoya les disciples faire des emplettes pour le repas quand ils étaient dans ce territoire

Jésus est assis, près du puits. Il se repose. Au loin, une femme, vient seule pour puiser. Surprise : il y a quelqu’un près du puits. Arrêt, tentation de faire demi-tour, d’autant que c’est un juif (cela se voit pas ses vêtements). Jésus se rend compte du temps d’arrêt : il crée le lien. Il fait une demande, se rend à la merci de cette femme plutôt que de se poser en maître.

ð  j’ai soif

ð  donne-moi un peu d’eau

Le contact est pris, elle est curieuse. Plutôt que de tourner les talons et de partir sans rien dire, son instinct de femme lié à la vie, sa culture de l’accueil, lui dit d’aider ce juif perdu en Samarie. Mais elle est intriguée

ð  Dis tu es Juif, et tu n’a pas de problème à me parler à moi, une femme inconnue, et en plus une Samaritaine ?

Jésus est content au-dedans de lui : le contact en fait, le lien se met en place. Jésus lui répond, probablement sur un ton neutre et doux :

ð  Tu sais, si tu me connaissais, tu ne m’aurais pas posé cette question car tu aurais tout de suite compris en me voyant que tu allais vivre quelque chose d’extraordinaire, un miracle de Dieu

ð  C’est toi qui m’aurais demandé à boire

Réponse inattendue, rien de tel que pour émoustiller la curiosité tout en étant un peu moqueuse face à cette prétention affichée ; les ingrédients de base pour continuer la conversation, après très probablement un regard étonné de cette femme à Jésus, peut-être même un sourire en coin et un hochement de tête :

ð  Dis, toi le Juif, pour qui te prends-tu ?

ð  Tu n’as pas de seau, tu es là tout seul fatigué, et tu prétends pouvoir me donner de l’eau alors que le puits est profond ?

ð  Qu’est-ce que je peux faire pour toi, pour t’aider à passer ce moment de grande fatigue ?

Jésus a atteint son but : casser cette barrière entre deux inconnus, entrer dans une conversation, peut-être un peu dérangeante au premier abord, mais qui ouvre des perspectives intéressantes.

ð  Tu sais, toi la Samaritaine, l’eau de ce puits, elle est banale : tous les jours tu dois revenir car elle ne rafraîchit que momentanément

ð  Moi, l’eau dont je te parle, c’est tout autre chose.

ð  Non seulement elle va te permettre de ne plus jamais avoir soif, de répondre à tous tes besoins, mais en plus elle va avoir une action pour toi jusque dans la vie éternelle

Propos plus que surprenant, jouant sur les mots, à demi ésotériques …

J’imagine un grand silence, un très grand silence. Peut-être même que la femme se met à puiser dans le puits, puis à tendre la cruche à Jésus. Et puis la question vient, après moult réflexion : fait-moi connaître cette eau, donne moi de cette eau. Cela m’évitera de puiser dans ce puits, de venir chaque midi ici, cela me sera d’un grand secours.

Jésus a atteint son objectif : au-delà de la curiosité, au-delà du la discussion permettant d’apprendre à se connaître un peu mutuellement, Jésus a permis à cette personne, cette femme, de pouvoir exprimer un peu de son problème, même à demi-mot. Et ceci tout simplement parce qu’une certaine confiance s’est établie entre Lui et cette femme.

Alors, il peut aller un peu plus loin dans le propos :

ð  ok, pas de problème. On peut en parler

ð  Seulement, vu ce que je vais te dire, il est mieux d’en parler avec toute ta famille. Va me chercher ton mari, et puis revient et alors on pourra en parler

ð  Pendant ce temps, je t’attends là, et je te remercie pour l’eau que tu m’as donnée

Arrêtons-nous quelques instants pour analyser la démarche de Jésus vis-à-vis de cette femme :

-          Prise de contact en demandant un service, pour ne pas rebuter

-          Malgré tout, la prise de contact n’a pas été immédiate vu le statut de Juif de Jésus ; donc utilisation d’une astuce pour garder le contact : éveiller la curiosité, voire provoquer une réaction d’intérêt mêlée de moquerie

-          Transformation de la prise de contact en une réflexion sur un sujet fondamental, sans tout dire, mais en relation avec la problématique de la personne (pour nous, on pourrait parler du devenir de la planète par exemple)

-          Réponse à question plus précise, en invitant a en discuter en famille ; Jésus a pour cela un avantage par rapport à nous, il connaît l’histoire maritale de cette femme – mais pourquoi limiter l’action de l’Esprit au XXI° siècle ? Ne pensez-vous pas que le St Esprit peut nous révéler l’aspect sensible de la vie privée de nos interlocuteurs pour les amener à réfléchir sur leur futur spirituel ? A nous d’avoir cette disponibilité et cette relation quotidienne avec notre Dieu et l’Esprit Saint qui est là pour nous accompagner chaque jour.

Entrer en contact avec des inconnu(e)s c’est difficile. Mais notre Dieu peut nous donner l’intelligence pour cela. A nous d’être disponible, de nous rendre disponible pour cela, chaque jour, chaque matin, en le demandant à notre Dieu dans notre culte quotidien.

Je vous invite à prier ensemble dans ce sens

 

Le second épisode de cette rencontre débute par la réponse de cette femme à la demande de Jésus de se retrouver avec son mari pour découvrir cette eau vive. Réponse étonnante de franchise qui traduit le climat de confiance qui s’était établi entre cette femme et Jésus. Il y a ensuite plusieurs lectures possibles sur la suite. Je vous propose la suivante :

Quand la femme s’aperçoit qu’elle a affaire non pas à un simple juif voyageur un peu particulier, mais à un prophète, elle pose une question métaphysique qui probablement la poursuit depuis un certain temps :

ð  cette rivalité entre les juifs et les samaritains, est-ce que cela a des bases sérieuses et religieuses fondées, ou est-ce que c’est simplement le poids de l’histoire ?

ð  alors elle la pose cette question : Jérusalem ou le Mont Garizim ?

ð  qui a raison ?

N’avons-nous pas souvent l’occasion d’être confronté à ce type d’interrogation quand nous échangeons sur des thèmes religieux à l’occasion d’une rencontre ? Souvent c’est :

ð  c’est quoi la différence entre vous et nous ?

ð  vous pensez quoi de telle croyance ?

Et nous plongeons dans l’explication religieuse, même sorte de « querelle de chapelles » tout en restant très courtois.

Jésus n’a pas le même objectif. Son objectif, c’est de faire comprendre à cette femme que le Chemin La vérité et la Vie, c’est le Christ, c’est Lui. Et pour le faire, il ne répond pas à la question posée, mais apporte une réponse qui oblige cette femme à réfléchir. 

J’imagine très certainement, quand Jésus lui dit que c’est le temps d’adorer le Père par l’Esprit et en vérité, il y a un grand blanc.

ð  « Il veut dire quoi par ‘adorer le Père par l’Esprit et en vérité’ ? »

ð   Je ne comprends plus rien

ð  Réfléchissons sur ce que je connais, ce dont je me rappelle un peu de mon catéchisme …

ð  Ah oui …On m’a parlé du Messie, celui qu’on appelle Oint (Christ) qui doit venir un jour – Qu’est-ce qu’il en pense ? – Tiens je vais lui dire çà.

Jésus a fait mouche. Cette femme, bousculée dans ses certitudes et incertitudes, cette femme hors norme et farouche avec ses concitoyens, cette femme a pu exprimer le peu qu’elle savait et donner la possibilité à Jésus de lui révéler le Chemin, c’est-à-dire LUI.

ð  Moi qui te parle, je suis le Messie, celui dont on t’a parlé un jour.

Et elle n’a pas le temps d’aller plus loin. Les disciples reviennent, en parlant haut, effrayants tous ces juifs ensembles, inconnus. Elle s’enfuit alors vers son village, et elle va déranger ses concitoyens, non pas pour leur annoncer sa croyance, mais son interrogation :

ð  venez vite

ð  il y a là un homme qui sait tout, il a tout dit sur moi ?

ð  Et si c’était le Messie, Le Christ ?

Vous remarquez, elle n’affirme pas, elle interroge clairement sur Jésus, alors qu’auparavant son interrogation n’était qu’incertitude religieuse sans espoir d’avenir.

Au cours de ce second épisode, Jésus na jamais perdu l’objectif d’amener à s’interroger sur Lui, sur sa mission, sur l’espérance qu’il véhicule. C’est la seconde leçon que nous donne ce texte : dans notre témoignage, dans nos échanges, toujours revenir à Jésus, le Chemin, La Vérité et la Vie. C’est le message premier. Le reste vient après.

 Et c’est ce que le texte nous dit dans le troisième épisode que nous rappellerons en quelques mots pour conclure :

ð  Jésus passa 2 jours avec ceux des villageois qui furent interpellés par l’interpellation de cette femme

ð  Et Jésus les enseigna, et les villageois eux-mêmes témoignent de l’action de Jésus dans leurs vie : v42

ð  L’action de la femme fut importante pour créer ce contact entre Jésus, ce juif voyageur et ces villageois, qui très probablement auraient été hostiles si Jésus était allé les rencontrer seul.

 

En conclusion de notre voyage dans ce texte, seul l’aide de l’Esprit nous permettra de rentrer en contact de la façon qu’il faut pour témoigner de Jésus, pour faire entrer en relation ces personnes avec Jésus, Sauveur de l’humanité.

 

Amen

 

 

Lecture

Jean 14 : 1-14